Romain Loste

Vaches Lémaniques

© Romain Loste - 29 mai 2015

Le réveil sonne, il est 6h. Le matériel est déjà dans l’auto, me laissant tout loisir d’émerger délicatement au parfum subtile d’un doux café. Aujourd’hui est un jour particulier puisque j’ai bien l’intention d’y réaliser un de mes fantasmes. Oui, aujourd’hui je vais tenter de courtiser une de ces belles Féras lémaniques dont on me fait tant l’éloge.

La route je la connais, pour la pratiquer régulièrement jusqu’aux portes du Logis de mes parents. Mais pour une fois, au lieu d’entreprendre l’ascension du col, je file sur les plaines de cet avant-pays savoyard qui m’a vu renaître à ma passion. Partant ainsi, un brin nostalgique, à la découverte de cette « flaque » et de ses plages qui ont bercées mon enfance.

Plage de Tougues, Chens-sur-Léman

Il est un peu moins de 8h lorsque je mets enfin les palmes à l’eau. Mon enthousiasme est palpable, mais face à cette étendue, je ne sais trop par quel bout commencer. Heureusement mon bon Julien m’a donné quelques indications et ne devrait, théoriquement, plus tarder à me rejoindre…

« Allo Romain ? Je vais être à la bourre, j’ai oublié mon canin dans le bateau d’Alex… Du coup j’attends l’ouverture du Rond dans l’eau pour me ré-équiper… et j’arrive… »

Ha ce Juju, toujours fidèle à lui-même 😀 . Tant pis, j’attaque donc seul l’examen du secteur, en espérant rapidement repérer la tenue des poissons et avec de la chance, percevoir quelques passages de corégonidés. Ma stratégie est simple (pour ne pas dire simpliste) : sonder le tombant et suivre la tangente la plus peuplée. C’est ainsi que je laisse glisser un plombier court, progressif, et passe-partout, là où les tracés me semblent des plus actives. La méthode est bonne et m’offre d’entrée une première charge de perche de taille correct. Mais n’étant pas venu pour elles, je m’éloigne subséquemment et continu plus loin ma quête. Au deuxième dessin, rebelote… l’histoire ne s’annonce pas fameuse. Je rappel donc Julien, pour peu qu’il ai pu glaner quelques informations complémentaires, ou puisse peut être m’indiquer une autre dérive. « Pars vers les bouées, je t’y retrouve » me dit-il. Soit à l’exact opposé de mon point actuel. « Positivons, au moins ça me dégourdira les guibolles. »

Mais une fois sur poste, rien n’y fait davantage écho. J’attends donc que mon acolyte (arrivant enfin) finisse de s’équiper, pour reprendre mécaniquement ma frêle dandine.

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Julien et son téléphone, une grande histoire d’amour

Focalisé sur son approche de standardiste confirmé (encore et toujours accroché à son téléphone), j’enregistre une première pression lourde de sens. Je n’ai que 9 à 10 mètres d’eau sous les fesses, soit à peine de quoi sortir mon nœud de raccord tresse/nylon. Je ferre avec vigueur et comprends de suite que je n’ai pas à faire à une vulgaire ablette… Ma Deep prend alors rapidement une cambrure que je ne lui connaissait encore !! Puis c’est au tour du frein de se mettre à hurler. Je contiens néanmoins la bête, du moins autant que possible, tout en arrosant le Julien de vilenie : « C’est gros, viens m’aider !! Raccroche moi ce téléphone… c’est gros Pµ$@£# !!! »

Puis plus rien… la belle s’en est allée, brisant en son centre la chaîne de mon premier bracon. « Je suis bon pour changer de plombier… ça m’apprendra d’avoir eu la flemme d’en refaire à plus gros diamètre… »

Je récupère donc ce qui peut l’être encore et accroche sa petite sœur à l’émerillon. La réciproque ne tarde pas à venir, mais par trois fois mon action manque d’amplitude, et c’est à présent « décroche sur décroche »… Je râle et peste par ma barbe de ne parvenir à ficeler aucune de ces nageoires. « Sûr, la prochaine, j’allume !! »

Ce qui m’étonne c’est surtout qu’aucune ne daigne attiser jusque là, les pixels de mon sondeur. Les bougresses doivent ruminer au fond de l’herbier, bien calées dans une zone d’ombre… Mais un nouveau poids se présente à la corde, et je compte bien m’y atteler : je ferre !! C’est piqué, pesant et tanqué comme la première. La bête se réveille alors et se met à torpiller à tout va. Tantôt en dessous, tantôt de travers… Je me crispe et m’essouffle comme un bœuf, tentant de maintenir au mieux la tension sur la ligne. « Mes aïeux, quel combat !! » Des bulles apparaissent. Elle dégaze ! J’aperçois enfin le dos du placard… « M£#@$ mais je fais comment ? elle ne rentrera jamais dans la raquette ?! »

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Féra du Léman en Float-tube

Il faut me rendre à l’évidence et réévaluer mes échelles de mesures… Cette enclume va bien au delà de tout ce dont j’escomptais. Un dernier regard admiratif, une dernière caresse, et la voici déjà repartit à son « é-léman ».

La fin de matinée restera plus consensuel, apportant son lot de jolis poissons calibrés. Julien tirera son rictus du jeu, déflorant au passage sa nouvelle canne, jusqu’à ce que le vent nous sépare. « il est peut être temps de rentrer. »

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  • Romain Collomb Romain Collomb says:

    Bien joué, faut dire habillé comme ça, tu les a fais craquer 😉 la classe même à la pêche. Bravo à Ju aussi

    • Romain Loste Romain Loste says:

      Merci Rom 🙂
      Exact ça fait parti intégrante de mon pattern : chemise cowboy pour les vaches, hawaïenne pour les dentiers, et slip/chaussette pour les sirènes 😀 mais motus…

Féra du Léman en Float-tube