Romain Loste

Le Toqué du giboulo

© Romain Loste - 23 mars 2014

Voilà quelques temps que le printemps s’est installé avec tout son packaging, mais les offices météo annoncent déjà un retour du froid pour fin de semaine… Enchaîné à mes écrans et plannings, les occasions de sortir se font rares, et je me sens un tantinet frustré de n’avoir pu en profiter et respirer le parfum de saison. « Le grand air me manque, c’est grave docteur ?… »

J’exploite donc le fait que « Madame » soit suppléante ce dimanche après midi au bureau du premier tour Sappeyan, pour partir en vadrouille et chatouiller le trésor qui serpente la commune : le Viaison. Il faut dire que j’avais prévu mon coup en dépoussiérant du râtelier mon ancienne complice de jeu, ma petite Magister. Voilà maintenant un moment qu’elle s’expose au garage, évincée par ses concurrentes high-tech pour leurres artificiels.

Pêche de la truite au toc, en torrent

Il a beau avoir « neigé sur yesterday » , cette chute brutale des températures ne refroidit en rien mon envie de retrouver mes premières sensations, mes premiers amours . Arrivé aux pieds des berges, je m’abrite quelques instants, entre deux averses de giboulées, contre un de ses conifères, et patiente jusqu’à l’accalmie propice à étendre mon fil d’Ariane en 15/°°. Nylon lesté de cinq chevrotines et d’un hameçon de 10 à hampe longue sans ardillon, le tout précédé d’un petit rigoletto, susceptible de m’aider à localiser au mieux mes succinctes dérives, je suis paré. Un rapide coup d’oeil sur l’eau, m’informe de l’avancé des fontes matinales : elle est haute, teintée et froide. Pour l’instant, je ne sais pas trop à quoi m’attendre, ou du moins si, probablement une faible activité dans le fond des amortis.

Pas de terreau, ni de sciure dans les poches aujourd’hui. J’expérimente une ancienne nouveauté passée à l’as (de trèfle) dans mes boites à « malice », des Nikko Kiji Worm. Intéressante imitation de vers assez réaliste, j’espère que son eschage fera mouche, et assurera ma petite escapade du jour… Une gouille turbinée se profile à deux pas servant ainsi d’étalon pour engloutie ma ligne. La présentation semble bonne, reste maintenant à convaincre les résidentes.

Je pars en direction de l’amont, et m’abandonne aux renfoncements des berges et veines d’eau modérées. L’odeur de l’ail des ours, si cher à mon père, embaume chacune de mes traces de bottes. « Il faudra que j’en cueille un bouquet la prochaine fois ». Soudain, un frémissement éclair me rappelle à l’ordre. Le doute s’insinue, je réitère mon geste mais pas de réponse. Deux postes plus loin, rebelote… à croire qu’à leur tour elles jouent avec mes nerfs. « Quelque chose cloche avec le bouzin… » Probablement la longueur du ver-astique. Je le guillotine donc au deux tiers, sur l’heure et sans vergogne, pour en avoir enfin le coeur net. Mais le poste suivant marque déjà la limite haute de mon parcours, et sera donc l’ultime essaie avant de remiser ma copie. Un trou relativement profond, enlacé de blocs granitiques et surmonté d’une cascade. Je commence par en détailler l’abord lorsque mon guide prend sèchement la tangente, je ferre dans l’instant et engage le combat. Elle s’y refuse et m’oblige à redescendre jusqu’au seuil, raquette en main. Le temps d’une photo, la voilà repartie chez elle.

Truite de torrent

De retour à la voiture, ma seconde période s’amorce côté vallée. La pression de pêche y est plus importante et nécessite davantage de dextérité dans l’approche. Moins escarpés, les secteurs s’aplanissent et s’ouvrent à ceux qui osent s’y hasarder. Il me reste tout juste une heure avant de replier bagage, de quoi prospecter rapidement les 4 ou 5 zones les plus propices.

La première ne donnera rien, le substrat y étant lisse et sans réel abri. La seconde s’écrase le long d’un muret de soutient, et représente la plus profonde bassine du parcours. J’y ajuste mon plombage et peigne soigneusement les interstices… soubresaut piqué, mais malheureusement pour moi, la belle se décroche avant même que je puisse apercevoir ses flancs. Je retente ma chance, mais rien de plus ne viendra troubler la quiétude du lieu. Un coup d’oeil sur la suite qui s’amoncelle en contre bas, m’obligeant à manier coudes et branches.

Ici le Viaison change de visage et se parcellise en plateaux, muent par la force d’une veine centrale enrobée de racines. Je me concentre à éplucher les bordures pour finir par gratter le fond de l’artère. Mais la deuxième dérive suffira à toucher la gueule d’une de ces autochtones, qui consciencieusement se laissera glisser en longueur pour recouvrer sa liberté dans la courbure de mes doigts. Le chapitre est clos, il est temps de rentrer 😉

Truite de torrent

Pêche de la truite au toc, en torrent