Romain Loste

On prend les mêmes et on recommence

© Romain Loste - 2 mars 2014

Corégone (féra - lavaret) en float tube sur le lac d'Annecy

La semaine a été pluvieuse, longue et rude, mais le temps est venu de se ressourcer un peu à nouveau, ce dimanche, sur notre petit coin de paradis. Une fois de plus nous serons entre Romains à laisser batifoler nos gambettes dans cette eau toujours fraîche. Floater devant l’éternel cadeau d’un soleil qui ne réchauffe pas que l’atmosphère. Bien que nous ne soyons encore qu’au prologue du mois de Mars après tout.

Corégone (féra - lavaret) au sondeur HumminbirdC’est machinalement que nous retournons sur le même terrain de jeu que la semaine passée. Quelques embarcations y sont déjà ancrées… et à première vue on ne risque pas de faire erreur. Après la mise à l’eau et une sonde rapide des lieux, nous nous empressons de trouver le large. Celui là même que nous n’avions pu prospecter, par 35 mètres de fond.

La chance nous y sourit et dessine à nos yeux quelques danses Féra-iques. Ces belles sont décollées de quelques coups de nageoires et on l’air de s’alimenter. Hypothèse vite confirmée en surface par l’apparition de quelques chrironomes rescapés, noirs cerclés de cuivre, arrivant tant bien que mal à percer l’opercule de nos deux mondes. Je rectifie mon écran pour ne pas perdre une miette du spectacle, et laisse glisser délicatement mon plombier jusqu’au limon. Les festivités peuvent maintenant commencer…

Une première montée lente… sans succès. La seconde… pas mieux. La troisième… finit sa course dans un léger frétillement de scion. Un petit ferrage dû à la hauteur suffira à l’accrocher ! Le combat n’est pas violent, ça n’a pas l’air bien gros.

Je remonte ainsi ma ligne en douceur pour ne pas lui provoquer de choc thermique et autre accident de décompression. C’est une ravissante féra-illonne qui arrive à mes palmes et inaugure par la même ma nouvelle épuisette – raquette à salmonidé. Le temps du décroché, et elle repartira auprès des siens dans un éclat d’écaille.

Corégone (féra - lavaret) subaquatique

Puis ce sera le calme plat, le banc s’étant déplacé. Nous ferons de même, ramenant le sang à nos orteils engourdis jusqu’à ce que de nouveaux échos nous séparent. Ce coup-ci la signature est plus statique. On va voir ce qu’il s’y cache… Quelques dandines suffiront à toucher les réponses et les faire entendre. Ce sont des perches de beau calibre, le goulot encore plein de larves. Je n’ai rien contre les perches, bien au contraire, mais ce n’ai pas vraiment elles que je suis venu chercher aujourd’hui. Mon souhait est de progresser sur la filature des corégones et étrenner mes derniers montages pour les faire encore évoluer au besoin. Je m’éloigne donc encore un peu plus dans la baie, jusqu’à retomber enfin sur mes copines.

La précédente ayant succombé à la potence haute en fin d’animation, j’en déduit une approche plus planante, entre deux eaux. Et grâce à ma tresse graduée tout les mètres (et de couleurs différentes tout les 10), le positionnement ce fait avec la précision d’un coucou suisse. Déposée au fond, suivis d’une récupération de 2 mètres au moulinet, la concentration reprend sa place et l’animation avec.

Soubresaut et ferrage ne tarderont pas à aller de paire ! Mais cette fois, les coups de têtes sont bien plus marqués et pesant… Une Féra assurément, les roulements du frein ne faisant que murmurer. Elle s’ébroue et se débat à tous les étages jusqu’à rejoindre, au même rythme que sa petite sœur, ma raquette : « C’est moi ou l’épuisette a déjà commencé à rétrécir ?.. »

Corégone (féra - lavaret) en float tube sur le lac d'Annecy

Allègrement maillé, elle ne retrouvera cependant pas ces consœurs, comme j’en ai l’habitude… Le sacrifice sera bref et offert en cadeau à ma famille, auprès desquels je dîne ce soir. Je n’ai pas (ou peu) le goût du poisson, et n’en « prélève » que deux ou trois dans l’année, pour les grandes occasions. Mais la pêche est aussi une histoire de table, de rassemblement et de partage. D’autant que j’ai la certitude que ses filets seront traitées dans le plus grand respect, des mains même de mon père, chef cuisiner de profession, mêlé à des plantes sauvages et saveurs dont il a le secret…

Et l’autre Romain dans tous ça, me direz vous ? Cristallisé sur les mouvements potentiels de son canin, il en oublie même de piquer les quelques unes qui s’y risque : « J’ai eu une touche, mais j’ai pas ferré ». Forcé d’admettre qu’il est quand même plus à l’aise avec les becs de carna. Chacun son style mon ami 😀

Perche à la gambe en float tube sur le lac d'Annecy

Corégone (féra - lavaret) en float tube sur le lac d'Annecy