Romain Loste

Les pieds dans l’eau

© Romain Loste - 16 février 2014

A l’heure des messages minifiés et autres raccourcis clavier, fléaux qui ne cessent d’amputer « l’Homme dit moderne » de la richesse inexploitée de son vocabulaire, il subsiste néanmoins un monde matériel, s’il en est. Un monde porté par la poésie des mots et l’aventure, un monde de découvertes, un monde que l’on nomme encore chez certains : « Livre » .

Cela fait déjà quelques temps que je suis le blog de M. Eric Morell, amoureux de pêche et de beaux récits. Son site représente pour moi, une bouffée d’oxygène dans cette horizon numérique de « fish-porn and release » (dont je participe, j’en conviens). C’est ainsi, il y’a de ça quelques mois, que je suis tombé (sans me faire trop mal, rassurez-vous) sur sa « critique » du recueil d’essais Les pieds dans l’eau, rédigé par la main d’un certain René Fallet, et publié en 1974. Un titre tout indiqué pour nous autre floater 😀

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Gamin de 28 printemps à ce jour, je m’étonne de connaitre sans connaitre l’oeuvre de ce grand Monsieur. Journaliste à Libération, critique littéraire au Canard enchaîné, écrivain et scénariste de Fanfan la Tulipe, la soupe aux choux, le triporteur, les vieux de la vieille, le Beaujolais nouveau est arrivé… il résonne tel l’écho d’un « temps que les moins de [30] ans ne peuvent pas connaitre », si ce n’est par les rediffusions et documentaires du petit écran… (pour les plus curieux).

René Fallet est oublié, hélas ! Soldé en livre de poche […]. Pourtant, il demeure un livre, peut-être le seul, régulièrement réédité. Ce livre existe et ne meurt pas, parce qu’il y a des livres qui aident à vivre, à supporter le présent, l’hiver, l’ennui […]. Ce livre vous emmène au bord de l’eau en vous tapotant l’épaule, en vous appelant dans le creux de l’oreille, en vous prenant par la main parce qu’aujourd’hui « c’est sûr, ça va mordre ».

Eric Morell

Un livre de chevet, échelonné d’aventures halieutiques à la tonalité quelque peu mélancolique, mais surtout affublé d’une autopsie acerbe de notre société consumériste en devenir. Que ce soit sur le plan économique, politique, environnemental ou même sentimental, René Fallet nous y dessine sa vision des années 70. Un décor qui parait cependant si contemporain. Tantôt seul au bord de l’eau à contempler et philosopher, véhiculant ses valeurs intimes et sa conception d’une pêche plus raisonné (un brin « release » avant l’heure), il m’a interpellé et a trouvé un reflet dans mes vérités. Tantôt en compagnie de son frère et/ou de ses amis, rebondissant aux 4 coins du Bourbonnais, aux 2 rives de ses rivières de coeur. Il y taquine le Gardon, la truite, le chevesne, le brochet, mais force est de constater qu’il est bien meilleur écrivain que pêcheur, comme il l’avoue lui même d’ailleurs. Il en devient rapidement le camarade avec qui on aurait aimer tremper la ligne. Une oeuvre rythmée par une mélodique populaire, il aura ainsi su réconcilier les ambitions de mes pensées, frustrées de mes latences oratoires (pour ceux qui me connaisse « IRL »), avec la machinerie des touches informatiques de mon quotidien. Les mots ont un pouvoir, c’est indéniable.

Seul le pêcheur sait le goût exact du matin, le goût du pain et celui du café de l’aurore. Il a, seul, ces privilèges exorbitants. Né subtil, il n’en parle pas. Il garde tout cela pour lui. C’est un secret entre le poisson et lui, l’herbe et lui, l’eau et lui.

René Fallet – les pieds dans l’eau

A ouvrir au plus vite, bonne lecture 😉

René Fallet, couverture les pieds dans l'eau