Romain Loste

Exutoire

© Romain Loste - 27 juin 2014

Je cultive d’aussi loin que je me souvienne, un pseudo goût de blues passagers, d’introspections casanières, de fatigues sociales, de frustrations désuètes, où seule subsistent quelques songes de Fier-té, comme ruminés en travers de gorge. C’est en cet état de prose, que je prends le large et m’emmitoufle aux creux des falaises de bon gré (mal gré), de ce lit de rivière qui m’a vu renaître à ma passion, et n’arrête depuis lors son apaisante écoute, inconditionnelle et silencieuse… « Viens donc pêcher, pauvre fou »

Fier de chavanod

Trêve de lyrisme mélo-dramatique, même s’il est vrai que depuis quelques temps je ne tiens de morale que mes semelles de waders. Il est grand temps de descendre dans ce fief de relativisme qui coulent en contre bas. Lieu de pèlerinage heb-dromadaire, où chaque coup du soir met en exergue ma zone de « confort », et où les premiers lancés d’angoisses ne ramènent que l’espoir d’une fugace aventure…

Au rythme des excursions, les rituels s’installent. J’entame sans essai la cluse en amont, devant l’indifférence de quelques barbeaux en mal de galets, et file aux postes plus vifs où se tiennent de belles mouchetés. Il faut dire qu’à force d’observations, je commence à appréhender leurs manèges dans ces amas monolithiques. Seul règne ici le frisson des rapides et la menace de leurs crocs.

Truite du Fier, au leurre

Mais peu de droit à l’erreur avec ces belles guère enclines à voyager pour se saisir de leurs proies. Pourquoi le ferait-elle d’ailleurs, puisque les courants travaillent à l’oeil. Il est donc important de bien distribuer ses leurres dans les tumultes de ce terrain de chasse. Un cache-cache épicé qui demande dextérité et concentration pour trouver sans être vu, déposer sans être entendu.

Les suivies s’enchaînent pour quelques attaques impulsives, certaines plus virulentes que d’autres. Mais à ce jeu, il vaut mieux se méfier : un petit bouillon pas tenté, une animation au ras des pierres, un contact douteux et c’est le frein qui prend la tangente, sous peine de ne jamais en apercevoir la couleur.

Truite du Fier, au leurre

De véritables trésors d’humilité, condamnés malgré elle à s’adapter à nos comportements « modernes » de consommation, pour le « progrès » d’un monde en dérive… Trouverons nous le bonheur dans la rentabilité et l’obsolescence programmée ? J’en émets quelques doutes.

Truite du Fier, au illex tiny fry

  • Anthony says:

    Ça a du être une belle soirée…

    Anthony

    • Romain Loste Romain Loste says:

      Oui, un cumul de belles soirées 🙂

Truite du Fier, au illex tiny fry