Romain Loste

Corégonite aigüe #2

© Romain Loste - 2 février 2014

Retour à la maison, retour à l’étau. Suite à notre escapade d’hier, j’ai pu constater que mes chiros avaient prit la grosse tête. Dénigré par mesdemoiselles Féras, il me faut donc revoir l’ensemble du plombier pour trouver une solution plus sexy à leur proposer. Je m’attelle donc à refaire quelques nymphes plus fines et multi-couleurs, et opte pour une base rouge, une noir et une hybrid vert olive, auxquelles j’ajoute un « ingrédient secret »…

J’ai pris l’habitude, bonne ou mauvaise, de chauffer au briquet mes têtes pour les fixer (la soie de montage fondant ainsi sur les spires inférieurs). Seulement voilà, une odeur de plastique s’en dégage, et est peut être à l’origine d’une des causes du pourquoi des comment. Ma solution consiste donc à les laisser tremper dans du Gulp crab, afin de masquer un tant soit peu ce fumet synthétique. Tout ça finalement assemblées sur du Fluoro de 15/°° pour une discrétion à toutes épreuves.

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Réveillé aux environs de 8h30 – 9h pour la mise en ligne du nouvel épisode de Culture Fish, je patienterai jusqu’à midi pour aller gonfler le float du côté d’Albigny. Pourquoi ce choix ? parce que la mise à l’eau y est facile, et que j’y avais repéré quelques bancs actifs, il y’a de ça 2 semaines, lors d’une courte sortie broc. De plus, selon les dires glanés aux ateliers nymphes de l’AAPPMA, il semblerait que ce soit principalement sur ces abords qu’elles auraient joué du frotti-frotta tout l’hiver.

Mais sur place, il n’y a pas foule, que ce soit sur ou sous l’horizon. J’y rencontre néanmoins un papy fort sympathique, avec qui je ferais un brin de causette. Du haut de sa barque typiquement savoyarde, sans sondeur ni autre technologie que son moulin, il est là pour « prendre l’air » 🙂

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Après avoir suffisamment bavassé, je m’éloigne pour continuer à quadriller les fonds entre 30 à 40m… profondeur correspondant à la position des poissons hier, mais ici pas un écho de banc à noter. les dérives s’enchaînent avec la bise, et me voici assez vite arrivé au pied du mont Veyrier… Que faire maintenant ? ça commence à cogiter sec en haut… d’autant que j’ai dans la tête l’idée de faire au moins une séquence pour mon Stéphane. Dois-je dégonfler pour repartir sur Menthon ou à l’inverse investir les Marquisats ? Vu la distance qui me sépare de la voiture, le temps risque d’être en ma défaveur… Tant pis pour moi, je me dois de continuer d’explorer le secteur et me réoriente vers l’impérial (ce qui représente au bas mot un bon kilomètre de rame, et pour tout dire, heureusement que je les ai ces petites !! autrement bonjour les crampes)

Arrivé sur place, quelque peu essoufflé quand même (à m’en dégrafer les poumons, serait plus exact), ma GoPro n’a plus de jus et moi non plus… je me remet tant que faire ce peut à ratisser la zone. Quand soudain, je vois apparaître deux/trois lignes suspendues sous mes palmes. J’y laisse descendre la gambe et commence ma dandine. La bise souffle toujours et je dérive rapidement au large… mais après deux passages, je trouve enfin le rythme de jarrets idéal pour rester stable et à l’aplomb. Toute cette activité puise dans mes réserves, libérant enfin ma caboche de toutes ces réflexions parasites, une réel révélation ! Me voici reconnecté avec l’instant, avec mes sensations, avec l’environnement… fatigué physiquement mais enfin conscient. Bref j’ai retrouvé une partie de mon instinct, voir de ma personne. « Un peu de sport, y’a que ça de vrai ».

C’est enfin concentré dans ce que je fais, que j’aperçois un soubresaut à mon scion. Ferrage enveloppé comme Maître Giordann me l’a enseigné, et voilà mon frein qui se met à siffler à mon oreille (et non pas les oreilles qui sifflent, du moins pas encore). C’est lourd et ne se laisse pas faire malgré les 4° aquatiques. Remonté lente pour laisser à la bête le temps de dégazer, il arrivera ainsi à l’épuisette en pleine forme. Ce sera un joli gardon, « un beau vif à brochet » comme dirait l’autre 🙂

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Soit, ce compagnon d’aventure, bien que non recherché, m’aura tout de même donné bien du plaisir. Et c’est ainsi, le coeur léger, que je m’attelle à présent à rallier l’auto. Le soleil, bien que caché par d’épais nuages, ne devrait pas tarder à aller se coucher.

Mais, parce qu’il y’a un « mais », sur ce (long) chemin de retour, en longeant la berge pour échapper à l’appel du vent, voilà que je passe à peu de chose prêt au dessus du même spot qu’il y’a 2 semaines… Et croyez moi ou non, elles étaient toujours là les coquines. Passer l’après-midi à sonder les profondeurs pour les retrouver sous mes yeux, par 20m d’eau… c’est aussi ça la pêche… Ma première intuition aurait dû être la bonne. Deux montés suffiront pour séduire l’un d’entre elle, qui défendra sa peau avec autant d’acharnement que son prédécesseur cyprinidé.

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C’est tous ce dont j’attendais !! c’est tout ce que je demandais… un moment pour me ressourcer et touché du doigt ces beaux poissons qui retrouveront comme toujours le chemin de l’eau. Et quel fierté de les sortir sur des nymphes façonnées de ses propres mains, j’en suis complètement accro !

Surnommé poisson du diable, sa traque m’aura pourtant été salutaire et me dessine une saison déjà emplit d’émotions.
Sur ce, « gardez la pêche » et à très vite sur l’eau 😉

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Corégone - lavaret, féra du lac d'Annecy