Julien Tranchino

Tanche va l’amorce à l’eau qu’à la fin elle se carpe !

© Julien Tranchino - 17 avril 2017

Cet article fait suite au « Poissons d’avril » du 16 avril 2017.

Hier, j’ai découvert la pêche des cyprinidés, à la posée et au feeder. Outre le fait que la recherche du poisson se fait plus passivement qu’à l’accoutumé, les combats sont attrayants et les touches assez nombreuses. Pierre, qui m’a fait découvrir cette pratique, m’a proposé de remettre le couvert aujourd’hui, ou plutôt le feeder.

Pierre est installé depuis midi, au même poste que la veille. Je le rejoins une heure plus tard. Deux tanches de plus de 2 kg ont déjà élu domicile dans la bourriche avant mon arrivée. La journée semble prometteuse. Les deux cannes à carpes sont lancées. Je m’installe. Changement de matos de mon côté : la canne carnassier a fait place à un vrai feeder ! Du coup, plus besoin d’écureuil de fortune. Ça mord assez rapidement. Une tanche, puis deux. J’entends Pierre me dire « 2-1« , puis « 2-2 » … un petit challenge ? Mon acolyte tente une nouvelle approche, remplacement de la bouillette par des grains de maïs. Fourbe ! Quitte à compter les poissons, autant se mettre dans les mêmes conditions. Ma canne étant au sol, comparé à mon voisin qui a sa canne à portée de main, je suis moins réactif au ferrage. Qu’à cela ne tienne, Pierre a une solution : un tendeur, une chaise de camping, un accessoire de repose-canne et abracadabra, me voici assis sur une chaise feeder de compétition !

Les poissons s’enchainent par vague. Nous pouvons rester une demi-heure / trois-quart d’heure sans une touche et avoir en l’espace de quelques minutes un à trois nouveaux pensionnaires dans la bourriche. Les tanches se déplacent en banc. Si une mord, il se peut qu’une seconde soit pendu sur l’autre canne peu de temps après. De plus, le temps a l’air de rester au beau fixe, cela nous change d’hier. J’ai parlé trop vite. Le vent se lève, les nuages rappliquent. Cela n’a cependant pas beaucoup d’influence sur la pêche, mis à part le nombre de couches de vêtements sur nous.

Notez la petite différence au niveau des vêtements.

Ça mord, encore des tanches, certaines dans la bourriche, d’autres s’enfuient avant d’atteindre l’épuisette. Par contre, côté carpe, c’est le calme plat. Rien, pas même un léger bruit de la part des détecteurs, à croire que ce n’est pas le bon jour. « Hier, on a eu plusieurs départs de carpes, ce n’est pas toujours le cas, on pourrait même dire que suivant les endroits, le nombre de touches d’hier était presqu’exceptionnel. » Et sinon, on ne finirait pas par ranger les deux cannes délaissées ? « Non, on les laisse, et je vais même te dire que c’est ce qu’on va ranger en dernier. On ne sait jamais. » Jusquà la fin ! En parlant de fin, l’après-midi est plus que bien entamé. Il est 19h, le soleil tente une dernière percée, les nuage s’effacent légèrement. « Tu vois, à partir de là c’est le moment parfait. On est dans le coup du soir, même le vent est tombé. » … Presque tombé. Quelques rafales nous rappellent le dicton en avril ne te découvre pas d’un fil. Niveau scores, tout va bien. Je suis remonté, on arrive même plusieurs fois à égalité. « Ce qui serait beau, ce serait de faire un doublé« . Bon, pas de suspens, ça a failli faire plusieurs fois mais finalement nous n’aurons pas de doublé.

19h45, ça y est, le vent est totalement tombé, le lac est plat par contre le soleil est passé derrière la butte. 20h, niveau tanches : 10 pour Pierre, 8 pour moi (si on ne tient pas compte des deux qu’il a fait avant mon arrivée, nous sommes à égalité) ; niveau carpe : égalité parfait, 0 pour tout le monde. Le soleil se couche dans 25 minutes. Nous discutons avec un promeneur quand tout a coup BIIIP BIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIP !!!!!!!! Le passant nous demande : « C’est un réveil ou une sonnerie de téléphone ? » Je n’ai pas le temps de lui répondre que Pierre est déjà élancé et saute par dessus mon feeder. Je lance un « c’est la sonnerie de la délivrance » en courant à mon tour. On n’y croyait plus ! J’entends au loin le frein du moulinet qui s’emballe complètement. Pierre attrape la canne et commence le combat. Notre remue-ménage a attiré l’attention des quelques derniers promeneurs qui s’amassent peu à peu derrière nous. Je prépare l’épuisette, qui était déjà sortie — et moi qui me demandais pourquoi les carpes ne mordaient pas (cf l’article de la veille). « Plus c’est gros, moins y a de coups de tête. » Cela veut dire qu’elle ne s’agite pas beaucoup ou tu es en train de te battre contre une perchette ? Elle s’approche du bord, Pierre me regarde et s’exclame « Elle est au fond et on aperçoit les remous en surface ! » Oui, ça a l’air gros. « En plus, je suis sans ardillon, il ne faut pas que je relâche la tension sur la ligne ! » Merci de me mettre indirectement la pression, il ne faut pas que je me rate et que je la décroche en la rentrant dans l’épuisette. Plusieurs fois je tente de l’épuiseter, rien y fait elle repart avant d’arriver à ma portée. Elle cherche à s’enfuir dans la partie immergée des arbres mais Pierre l’en empêche. Un dernier effort, c’est bon, elle est dans l’épuisette ! 20 minutes de combat. Des applaudissements se font entendre derrière nous, le public s’exclame devant la grosseur du poisson. Pierre se précipite et me demande de lui déployer le tapis de réception sur l’herbe. Je m’exécute et je le laisse prendre la bête. Il me fait soupeser j’en arrive à la même conclusion que lui, les 20 kg sont dépassés. Quelques photos, les passants en profitent aussi et le mastodonte peut retourner dans son élément. On décide de tout ranger avant qu’il ne fasse trop sombre. Le public se disperse en félicitant encore Pierre. On sort les tanches et on leur rend leur liberté. Au total, 18 tanches en un après-midi, par contre, comparé à hier, aucune brème. La bourriche s’égoutte sur l’herbe. Le matériel est plié, rangé. Nous nous dirigeons vers la voiture, encore dans l’euphorie de ce moment. La discussion ne tourne qu’autour de cette belle miroir. Une accolade et enfin chacun rentre chez soi, exténué mais content.

Une des tanches de 2 kg.