Julien Tranchino

Retour aux habitudes

© Julien Tranchino - 5 mai 2017

Le début de chacune de mes saisons « truite » passe par des étapes obligatoires, l’Arve puis la Menoge. C’est une sorte de rituel initiatique annuel. J’ai donc commencé par l’Arve, qui ne fut pas très généreuse, mais le fort manque d’eau de cette année m’a obligé de reporter mon rencard « menogial ». La truite mise de côté, je suis même allé découvrir d’autres techniques. Qu’à cela ne tienne, les pluies de ces derniers jours, malgré la sécheresse persistante, m’ont redonné du baume au cœur. Retour aux habitudes ! Il fait beau, l’après-midi n’est pas fini et j’ai terminé tout ce que j’avais à faire. J’attrape ma canne à mouche, mon moulin, mon sac, mes cuissardes, lunettes, casquette, le tout dans le coffre et me voici parti à l’aventure !

Comme je le dis souvent, ce n’est pas la taille des poissons qui m’attire dans cette rivière mais la vivacité et les couleurs des truites. Je choisi un parcours assez court, que je me suis approprié au fil du temps pour les moments où le temps est compté. La Menoge est très pêchée, et il n’est pas rare de tomber sur un autre pêcheur en remontant le cours d’eau mais sur ce secteur je ne croise que peu d’autres pratiquants, malgré les nombreuses traces au sol. Par contre, au détour du chemin, entre deux spots ou sur le chemin du retour à la voiture, il m’arrive souvent de discuter avec des promeneurs, cyclistes, et même des cavaliers. Nous partageons la rivière et la nature autour avec d’autres personnes qui n’ont pas forcément la même passion mais qui n’hésitent pas à en parler l’espace de quelques minutes. C’est peut-être ce qui fait aussi le charme de ce coin. Mais trêve de discours de politicien et revenons à nos nageoires.

Je me gare, me change, prépare la canne et je commence à marcher vers la rivière. Mes sens s’activent à nouveau petit à petit. tout commence avec le doux bruit de l’eau qui berce mes oreilles. Puis viennent les odeurs de la foret : les arbres, les sapins, l’ail des ours, la mousse… et enfin vient l’odeur de la Menoge, assez reconnaissable. À ce moment, je me demande comment j’ai pu tenir jusqu’en mai avant de revenir. Je sors une nymphe. Premier lancer, première dérive, première tape, premier ferrage, premier décroché. Deuxième lancer, première accroche au fond, première casse. Bon, là, niveau sensations, j’ai rattrapé le retard. Je quitte la gouille et commence à ratisser sous la berge au-dessus. Ça paie. Une truite à la main. Changement de spot, deux dérives suffisent à sortir l’épuisette.

Je continue mon chemin et tente plusieurs arrêts, pas tous payants. J’arrive en bas d’un beau plat et je fais une halte pour essayer de voir ne serait-ce qu’un gobage, en vain. Tant pis, je resterai en nymphe. Je promène ma ligne de pierre en pierre, laissant quelques trous tranquilles. J’arrive devant un spot que je ne fais habituellement pas. Il n’y a peu d’espace et le secteur est très encombré mais aujourd’hui cette zone m’attire. J’entame une dérive puis une seconde et je laisse aller ma ligne un peu plus loin sous les branches. Une gourmande répond présent. Je ferre, elle remonte le courant et je la bride pour pas qu’elle reparte sous les branchages. Hop, dans la filoche. Une belle aux points bien colorés.

Malheureusement, le temps file et ne m’attend pas. Quelques dérives au-dessus et une truite qui ne voudra pas lâcher le filet de mon épuisette, il est temps pour moi de partir. Je m’arrête brièvement discuter avec une promeneuse et la rassurer sur la qualité de l’eau et les poissons qui s’y trouve et je rentre en longeant la rivière, admirant le courant et en respirant les odeurs environnantes à plein nez.

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