Julien Tranchino

Poissons d’avril

© Julien Tranchino - 16 avril 2017

Nous avons repris le chemin des rivières depuis un mois, cependant l’eau manque. Les niveaux sont bas, l’eau est claire et les bords du lit de certains cours d’eau sont de plus en plus secs. Je préfère donc laisser un petit peu de répit aux adipeuses et venir embêter d’autres nageoires.

Quand on parle « pêche » en Haute-Savoie, c’est le plus souvent une histoire de salmonidés (truite, ombre, féra…), percidés (perches, black-bass, sandres) ou encore de brochets. Cependant, d’autres espèces habitent nos terrains de jeux préférés, les cyprinidés, par exemple, sont aussi présents dans nos lacs. Des cyprini-quoi ?? Quel nom barbare pour parler d’une espèce. Et pourtant, vous les avez déjà rencontrés ou, au moins, vous en avez entendu parler. C’est la catégorie qui réunit le plus de poissons d’eau douce. Elle comprend les vairons, les goujons, les carassins, les poissons rouges, les barbeaux, les brèmes, les tanches… et même les carpes. C’est ce qu’on appelle plus communément les « poissons blancs » ou « les blancs ». Si cette pratique est assimilée par beaucoup chez nous comme de la pêche au vifs, afin d’appâter ensuite une espèce un peu plus carnivore, dans d’autres régions c’est un sport bien plus reconnu. Et j’ai rendez-vous aujourd’hui avec Pierre pour découvrir cette pêche.

Nous choisissons comme terrain de jeu le lac de Machilly. Programme de la journée, deux postes : carpes d’un coté, tanches et brèmes de l’autre. N’ayant pas d’équipement spécifique très adapté, je me ramène avec comme seul matériel ma canne à carnassier spinning en 15-50g pour 2,40 m avec un moulinet de taille 2000. Je fais clairement pâle figure devant l’arsenal de Pierre : cannes pour la carpe, détecteurs avec une centrale, différents types de bouillettes, amorce, canne feeder, sièges, parasol… c’est confirmé, nous ne jouons pas dans la même catégorie. « Tout est une question d’organisation, on ne sort pas tout d’un coup. En premier, les cannes à carpes, les détecteurs et les bouillettes. On lance, on amorce et ensuite on peut s’occuper du reste. Cela permet de gagner du temps sur la session car il faut laisser le temps aux bouillettes d’agir. » Tout est prêt, sauf l’épuisette pour la carpe qui reste dans le sac, on se pose enfin. « Si tu sors l’épuisette avant, ça ne mordra pas. » Non les pêcheurs ne sont pas superstitieux.

La canne feeder a un scion plus souple, pour détecter la touche. On ne la place pas face à l’endroit où on a lancé mais légèrement en biais afin que le scion soit un peu plié de manière à laisser le fil en tension. Une touche se voit si le scion se plie plus ou s’il se remet droit. Ce principe ressemble quelque peu à la pêche de la féra, si ce n’est que la canne n’est pas en main et qu’on n’anime pas sa ligne. Bon, un premier problème se pose : mon apprenti-feeder a un scion un peu trop rigide, je ne vois pas les touches. Il reste un détecteur mais on n’a plus d’écureuil, oui j’ai fait la même tête que vous quand il me l’a dit. Il s’agit d’un dispositif qui tire légèrement sur le fil derrière le détecteur pour laisser la ligne tendue. Pierre me prépare un écureuil de fortune à base de bouts de bois et vieux nylon récupérés sur la rive.

La caricature du pêcheur, on est assis et on attend que ça morde. On est loin de la remontée des rivières ou de palmer sur un lac pour changer de poste. Le feeder de Pierre se plie. Il attrape la canne et ramène une première tanche. Hop dans la bourriche. Dans la foulée une touche pour moi et une brème en plus au compteur. On relance les deux cannes. Biiiiiiiiiiip On court. Pierre attrape la canne à carpe et le combat commence. Il pompe (il lève la canne puis, en redescendant, il mouline pour garder la tension). Ça tire plus qu’une tanche. Je suis chargé d’aller chercher le tapis de réception et d’enfin déplier l’épuisette. Poisson sorti. Une belle carpe miroir évaluée à 8 kg. « Ça, c’est la force du scopex ! » Comprendra qui pourra (indice : c’est l’arôme des bouillettes qu’il utilise).  « La prochaine carpe est pour toi. » Trop de pression !

Canne relancée, coin réamorcé. On retourne au campement. On relance les deux cannes et on se pose. Je me remets de mes émotions pendant ce moment de calme inten… biiiiiip ! Là c’est mon pseudo-feeder qui subit la touche. C’est tout de suite moins impressionnant qu’une carpe. Je ramène, le poisson se débat et finit par se décrocher non loin du bord. Pas grave ce sera pour la prochaine. je relance et reconnecte le détecteur, biiip, fausse alerte, c’est moi qui ai tendu le fil. Je lâche le nylon, biiiip biiiiiiiiip, ah là par contre ce n’est pas moi, ça vient de la canne à carpe de tout à l’heure. Le temps que me relève Pierre était déjà lancé. Il lève la canne et me la tend. « Tu es prêt ?  » Pas le choix. Comme l’a dit un grand sage : un grand pouvoir implique de grandes responsabilités — Spider-Man. Je pompe, je ramène la bête. Elle n’est pas contente et décide de repartir. J’avoue que le combat est sympa, et assez long. Elle finit par se rapprocher du bord, même si je la sens pas très consentante. Elle se montre à la surface. Elle est plus grosse que celle de tout à l’heure. Pierre pense qu’elle doit être aux alentours des 10 kg. Le talon de la canne, qui est calé contre la hanche pour pouvoir pomper, commence à appuyer un peu fort à la longue. La carpe fatigue mais elle tente un dernier rush et se rue au fond. Les coups de tête s’enchainent. Je suis et garde le fil tendu. D’un coup, plus rien. Décrochée. Le public qui s’était amassé derrière nous est un peu déçu (oui, il faut savoir que beaucoup de monde se promène autour du lac de Machilly quand la belle saison arrive et à chaque sortie de poissons, nous avons souvent entre 5 et 10 personnes en spectateurs). On relance et nous remettons vers les feeders. Quelques poissons viennent rejoindre ceux présents dans la bourriche. Biiiip, cette fois c’est la seconde canne à carpe et c’est au tour de Pierre. Le combat fut bref, le fil a cassé. Nouveau montage, canne relancée. On se rassoit. Je regarde l’heure, il faut que j’y aille. Je me lève et biiiip, juste devant moi sur ma canne. Je l’attrape de suite mais trop tard, une touche ninja. J’abandonne Pierre qui veut rester un peu plus longtemps. Il fera encore quelques poissons.

« On remet ça demain ? » Sans problème !

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