Julien Tranchino

Ça rode sur le Rhône

© Julien Tranchino - 1 novembre 2015

Une semaine après le premier concours de float-tubes sur Annecy, nous remettons à l’eau nos engins gonflables mais cette fois-ci entre nous. Direction le Rhône, avec les deux Romain et Alexis.

float

Le Rhône, souvent approché et longé, je ne l’ai que peu pêché, et jamais en étant moi-même vraiment au milieu de son lit. En quelque sorte cette sortie est pour moi une première. Je pars avec Romain (pour la suite ce sera Romain L (sinon ça va devenir compliqué)) rejoindre le second Romain (Romain C (pour les mêmes raisons)) et Alexis qui se sont mis à l’eau plus tôt. C’est une belle journée qui s’annonce, fraîche ce matin mais la douceur ne tardera pas à venir. Nous remarquons en chemin que nous ne sommes pas seuls de sortie, plusieurs bateaux, barques et bass-boats sont sur le Rhône ainsi que quelques pêcheurs depuis le bord. Arrivés au point de rendez-vous, nous rejoignons nos deux compères sur l’eau et apprenons qu’ils ne nous ont pas attendu pour sortir le premier brochet. Un beau, de plus est, qui fut fort intéressé par un leurre de 2 pouces (environ 5 cm) que Romain C avait mis pour taquiner quelques perches.

broc

Comme quoi il n’est pas toujours nécessaire d’utiliser de gros leurres et certains leurres n’attirent pas que les perches.

Nous commençons par pêcher dans peu d’eau, en longeant la berge, sous les arbres. Pas de gros leurre, pas de grosse tête plombée, retour sur des leurres de moins de 16 cm. Les brochets sont présents. Quelques touches et deux petits becs amenés jusqu’à nous. L’air se réchauffe, le soleil est bien présent. Nous nous sentons bien, tellement bien qu’un de nous commence à fredonner une chanson et tout le monde se met à l’accompagner. Nous arrêtons le massacre après le refrain et Alexis nous supplie « plus jamais les gars, plus jamais ! »

Un faible courant nous fait très légèrement dériver. Les vannes des barrages sont fermées. Nous longeons la rive en continuant de lancer devant la berge. Pour pêcher sous les arbres qui sont eux même à fleur d’eau nous pratiquons le skipping, une pratique qui consiste à faire ricocher le leurre sur la surface afin de l’envoyer sous les branchages. Une belle technique qui demande un peu d’entrainement. Elle est souvent utilisée par certains pour pêcher sous des tas de branches qui surplombent l’eau l’été pour dénicher un black bass ou parfois un brochet.

Malgré l’automne, nous procédons ainsi car quelques becs se cachent le long du bord mais il arrive aussi par moments que le leurre s’arrête dans les branches, juste au-dessus de l’eau ou alors dans d’autres arbres, qui eux sont immergés. Ce qui nous permet en même temps de tester un décroche leurre. Il en existe différents type. Le modèle ici est constitué d’un gros plomb entourant le fil. Il faut se placer à la verticale au-dessus du point où vous êtes accroché, le placer sur la ligne et le laisser glisser jusqu’en bas. Le poids de ce plomb permet à l’impact contre le leurre de le dégager. Nous évitons donc grâce à ceci de laisser un peu plus de métal et de caoutchouc sous l’eau.

Alexis jette son leurre à quelques centimètres de la berge et au moment où le leurre touche l’eau, un brochet saute dessus. Une attaque réflex. Le skipping marche donc bien. Je tente ma technique spéciale en cas de pêche en casting, surnommée « Highlander » par Romain L, c’est à dire utiliser sa canne comme un sabre et fendre l’air le plus fort possible (de manière verticale, horizontale ou même de biais). L’avantage est, à part pour la distance, que si un obstacle pas trop épais se trouve sur le chemin, ce dernier n’arrête pas forcément le leurre (exemple ici : quelques branchages). L’inconvénient par contre est que si la ligne comporte un point fragilisé le leurre s’envole vers d’autres cieux emportant avec lui un peu de fil. J’ai aussi tenté un skipping version highlander, essai peu concluant (ou il faut aimer pêcher sur la berge).

Nous décidons de remonter le courant et en profitons pour pêcher plus profond. Romain C remarque un écho au fond. Un sandre, qu’il essaie de dénicher. Il n’aura le droit qu’à une belle attaque mais le poisson ne restera pas accroché. Proche de là où nous avons mis à l’eau, nous apercevons un bateau avec un covering Gunki et ses occupants sortent quelques poissons. Il s’agit de Robert Berlioux de la team Sensas, Illex, Pezon Michel (dont Gunki est une marque dérivée). Il vient nous voir et nous conseille de pêcher plus haut, nous nous exécutons et comme indiqué les perches sont présentes. Deux d’entre nous tentent de sortir quelques persidés pendant que les deux autres restent sur des leurres plus gros car oui là où on trouve des perches on peut trouver des brochets. Romain L sent justement quelque chose au bout de sa ligne. C’est lourd. Sieur Esox serait-il de nouveau présent ? Il s’agit d’un morceau de poutre… littéralement.

poutre

Ne vous inquiétez pas, nous ne l’avons pas laissé hors de l’eau trop longtemps et il a bien été ré-oxygéné.

Alexis suivra avec un morceau de bambou. Robert m’interpelle pour nous montrer un cerf qui s’est jeté à l’eau, fuyant peut-être des chasseurs. La pauvre bête n’arrive pas à remonter sur la berge et se dirige maintenant en direction de l’autre rive. Le problème est que le cervidé va rester bloqué sur la route départementale. Pour empêcher cela, le bateau s’avance jusqu’à lui et l’aide à retraverser le Rhône puis à remonter sur la berge. Nous avons observé toute la scène depuis nos float-tubes (il serait difficile pour nous de tenter quelque chose vu nos embarcations). Bon il est temps de revenir à nous mouton, ou plutôt à nos poissons. Je demande à Romain C de me prêter un de ses montages drop shot afin de persécuter à mon tour quelques perches. Une nouvelle difficulté se présente à moi : je tente ceci avec une canne casting faite pour des leurres compris entre 30 et 80g. Là nous sommes sur un montage de quelques grammes et je rate un bon nombre de touches (sans compter celles que je ne sens même pas). Finalement une suicidaire n’a pas le temps de s’enfuir et j’arrive à la sortir de l’eau. Ce monstre dépassant à peine les dix centimètres ne restera pas à l’air libre bien longtemps. La journée continue mais les touches s’amenuisent. Je tente une dernière fois le brochet en vain. Il est l’heure de sortir. En revenant sur le bord nous constatons que les alvins se trouvent dans peu d’eau. Le soleil n’aura pas profité qu’aux pêcheurs. Petites discussions autour des voitures après avoir tout ranger puis chacun retourne chez lui, légèrement bronzé.

voitures

Même au moment de partir on se débrouille toujours pour rester discuter.