Julien Tranchino

A nos bons souvenirs

© Julien Tranchino - 27 mai 2015

Une journée ensoleillée, la chaleur persistant depuis quelques jours, de bonnes conditions pour s’octroyer une petite sortie improvisée avec Christophe, histoire de tremper quelques nymphes et voir si les poissons nous aiment toujours autant.

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Le strict nécessaire pour passer une bonne journée !

Foron de Fillinges, oui encore mais cette fois-ci nous n’allons pas sur le même parcours. Nous décidons de débuter plus bas, sur une zone que nous avions déjà arpentés plusieurs fois munis de nos vers les années précédentes. Arrivés sur place les choses ne commencent pas comme prévues, je sors mes affaires et remarque que j’ai oublié le pantalon de toile que je mets habituellement sous mes waders.

Il faut savoir que sous les waders, il est fortement déconseillé d’avoir un pantalon comportant des parties métalliques (comme un jeans ou tout autre bas avec une ou plusieurs poches zippées et / ou avec des boutons métalliques…) qui abîment le tissu et l’usent plus rapidement et il est tout autant déconseillé si ce n’est encore plus de ne porter sous ses waders que des sous-vêtements car la peau en contact avec la matière fait que certaines bactéries s’installent et se développent et cela finit par affecter les coutures et la colle (si vous retournez vos waders vous pourrez constater apparaître des points noirs). C’est ainsi que la plupart des fuites se forment. Si vous voulez garder vos waders un peu plus longtemps il faut opter pour des pantalons tissus (il existe des collants comme ceux utilisés en montagne, qui peuvent être chauds mais aussi très légers, spécialement pour l’été). À la fin d’une sortie, n’hésitez pas à retourner vos waders afin de faire sécher l’intérieur en premier puis de le retourner de nouveau pour faire sécher l’extérieur. 

N’ayant pas énormément de solutions devant moi je décide de les enfiler avec mon jeans, ce sera toujours mieux que laisser la peau contre les parois des waders et de toute façon la sortie ne sera pas très longue (nous ne sommes pas partis en début d’après-midi). Comme un malheur n’arrive jamais seul, mon moulinet glisse le long de ma jambe avant de s’élancer en prenant appui sur mon genou et fini sa course sur le goudron. C’est le moment choisi par deux pièces mesurant bien évidemment moins de 5 mm chacune pour fuir et se cacher. Malgré les recherches intensives je n’en retrouve qu’une. Devant mon regard désespéré, Chris décide de me prêter un second moulinet qui restait dans son coffre pour me dépanner. C’est donc l’esprit presque serein que nous entamons notre sortie.

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Premier poisson de sorti par mon acolyte, je n’avais pas encore eu le temps de finir d’accrocher ma nymphe, un joli petit ombre !

Un poisson de sorti puis s’en suit une prospection pas très fructueuse. Chris finit par voir une nageoire sous l’eau dans une gouille surplombée par une souche et des racines. Il approche discrètement, effectue une dérive décisive, poisson ferré. Encore un ombre ? Non, c’est plus gros et la nageoire ainsi que le combat me font plutôt penser à un barbeau en fin de fraie. Exact, c’en est bien un. Pas si gros que ça pour un barbeau mais joli quand même.

À mon tour. J’augmente de taille de nymphe, je lance et hop le combat commence. Tout au long de l’année, lorsqu’on attrape un barbeau il a tendance à se coller au fond puis avancer, lentement, toujours en étant ventre à terre sauf aux alentours de sa fraie. Dans ce cas précis nous ne sommes plus en présence du même poisson, le barbeau montre sa vraie force. Des rushs dans le sens du courant ou dans le sens inverse avec changements de cap fréquents, des chandelles à plusieurs reprises, le combat est loin d’être monotone.

Nous sommes en sortie de fraie mais les poissons sont encore très combatifs. Comme pour Christophe il n’est pas non plus énorme mais il ne se laisse pas faire. Plusieurs chandelles et dans un dernier espoir il saute hors de l’eau pour retomber au milieu des racines afin d’essayer de se décrocher avant de retomber dans le fond de la gouille. Ayant anticipé l’action j’avais tiré la ligne vers moi. Le barbeau se fatigue et commence à se laisser ramener. Je l’approche de nous et Chris utilise son épuisette, plus profonde que la mienne, pour le sortir. Ce n’est pas un mastodonte mais il fait bien son poids. On se met d’accord : on alterne, un lancer chacun à la fois. Chris s’exécute, puis moi et hop un deuxième pour moi !

Vu l’action de ma canne, il est plus gros et bien plus combatif. Il sonde. Je lui laisse un peu de ligne mais il n’a qu’une idée en tête : passer sous les pierres au fond de la gouille pour affaiblir le fluorocarbone. Je suis obligé d’entrer dans l’eau pour ne pas le laisser faire et surtout ne pas lui laisser un piercing de type tungstène accroché avec une option fluoro le long du corps. Il remonte et effectue plusieurs chandelles. Pour chacune d’entre elle je dois garder la ligne légèrement tendue pour ne pas lui laisser de mou mais pas trop non plus pour ne pas décrocher. La difficulté est qu’il saute hors de l’eau de plus en plus proche de moi et donc je dois m’aider en levant la canne assez haut pour garder chaque fois la ligne tendue. Il faut bien faire attention à chaque fois.

Malheureusement, cela n’empêche pas le drame d’arriver. En levant ma canne pour sa dernière chandelle, qui était bien évidemment la plus proche de moi, je ne vois pas mon scion passer au dessus d’une vieille branche se trouvant au dessus de moi. Je lève les yeux et aperçois le problème, le poisson est en train de retomber dans l’eau. Je lâche ma soie pour lui laisser du mou pendant que je lève la canne haut pour pour contourner l’obstacle (je travaille le poisson ligne en main et non en utilisant le moulinet ce qui fait qu’une bonne partie de ma soie est sur l’eau, libre). Malgré cela, la masse du poisson ajoutée à la vitesse à laquelle il sonde au fond de la gouille, ma canne se plie quand même alors que je suis en train de tendre le bras le plus haut possible et le scion casse au contact de la branche, le tout en l’espace d’une seconde. À ce moment là je me dis que je n’aurais finalement pas dû sortir mon matos aujourd’hui mais maintenant c’est un peu tard et le poisson est toujours là, ma canne un peu raccourcie est toujours dans ma main et le scion, lui, se balade le long du barbeau sous l’eau. Chris me demande « on fait quoi maitenant ? » En regardant le morceau de carbone voguer devant moi, je lui réponds tout en saisissant de nouveau ma soie « sors ton épuisette, je ne le laisserai pas s’échapper celui-là ! »

La canne étant devenue un peu plus raide et le poisson fatiguant je l’amène jusqu’à l’épuisette. Je récupère la partie manquante de ma canne et décroche ma nymphe. Maigre consolation atténuant légèrement le malheur, j’ai battu mon record aussi bien en poids qu’en taille pour ce poisson.

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Sur le moment on se dit que la vengeance envers le barbeau sera terrible et qu’il ne reverra pas l’eau. Après coup, poisson en main, on relativise et on le réoxygène avant de le laisser repartir. Je regarde ma canne, la casse est nette, pas de fissure. Il y a peut être une chance de commander un autre scion mais rien n’est moins sûr car bien évidemment le modèle ne se fait plus mais il me reste une autre solution, je pourrai tenter une réparation. On fait les comptes : un moulinet et une canne, décidément ma bonne étoile a dû partir en vacances sans me prévenir.

Que fait on ? Chris a envie de continuer à pêcher. Mon avis est un peu plus mitigé, que me réserve le sort pour le reste de la rivière ? De toute façon je n’ai pas d’autre moyen de transport que Chris et sa voiture. « Bon bah on va continuer et surtout on va bien faire attention, hein ? » Nous continuons à taquiner les poissons mais cette fois un peu plus haut (Chris ayant perdu une nymphe pendant que je contemplais le désastre sur ma ligne). Nous redescendons légèrement pour retenter un coup et je fais de nouveau un barbeau (à croire qu’il n’y a qu’eux) mais malheureusement la nymphe n’est pas totalement à l’endroit voulu, elle est accrochée au niveau du flanc. Niveau action, je n’ai plus trop de problème. En levant ma canne pendant une chandelle Chris s’exclame en regardant le haut de celle-ci « Fais attention à ton scion ! » je réplique « T’inquiète je l’ai bien en main ! » oui je suis en train de pêcher la canne et le scion dans la même main, c’est une technique novatrice. En sortant le bestiau je me rends compte que ma nymphe n’est pas seule sur ce poisson, une deuxième est collée contre la mienne. Il s’agit de celle perdue par Chris juste après mon raccourcissement de canne.

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Bonjour, je m’appelle Julien, pêcheur et récupérateur de nymphes perdues !

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D’ailleurs Chris ne s’accroche pas que sur les poissons… par contre pas de no-kill sur la branche.

Nous remontons la rivière et rencontrons de nouveau nos chers amis à écailles. Et c’est reparti pour quelques combats forts sympathiques. Nous continuons ensuite un peu plus haut et voyons un poste prometteur mais deux jeunes filles sorties de cours jouent autour de cette gouille. Bien entendu les poissons ne raffolent pas des jeunes humains s’amusant à côté ou dans l’eau. Nous poursuivons notre route et apercevons au loin un gobage. Chris tente de le pêcher. Je tente après lui, oui avec mon bout de canne en moins. Pour ceux qui veulent imaginer la scène : ma canne faisait 9 pieds entière et elle est de base en 4 brins ; le scion a cassé à mi-hauteur, un peu en dessous d’un anneau donc il me reste quelques anneaux surplombés d’un morceau de carbone. Maintenant imaginez fouetter avec un morceau de carbone qui dépasse au-dessus de votre dernier anneau. Autant dire que la difficulté s’en voit augmentée. D’ailleurs ma mouche finira très rapidement dans l’arbre et n’en repartira pas, le changement de bas de ligne était utile.

Bon on arrête les frais, cette fois on rentre. En retournant à la voiture je reprends mes recherches pour trouver cette dernière pièce manquante de mon moulinet et ENFIN je finis par tomber dessus. À croire que les vacances de ma bonne étoile ne se déroulent pas si loin que ça, ou qu’elle est sur le retour. Arrivé au magasin, Julien me dit qu’il y a peu de chances de retrouver le même scion vu que la nouvelle game remplaçant cette canne n’a pas la même conicité (je n’étais pas le premier à avoir cassé ce modèle depuis qu’il l’avaient changés). Je décide quelques jours plus tard de tenter une réparation maison avec un morceau de brin de canne en carbone (intérieur plein) de la bonne taille et trois coup de cianolyte plus tard le scion est réparé.

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Le scion avant réparation.

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Le scion après réparation discrète.

Je ne retrouve pas pour autant ma canne d’avant, vu que le scion est devenu légèrement plus raide. L’action s’approche de celle de ma canne à brochets, qui me permet de charger un peu plus la soie, ce n’est pas plus mal. C’est une sorte de renouveau, une renaissance après plusieurs années. Et pour les plus septiques, je suis retourné avec ma canne à mouche en main un soir et j’ai croisé un barbeau, par contre en mode tapis au fond, la fraie est totalement finie. Cela m’a permis de valider la solidité du scion qui n’a pas lâché prise, et ce malgré une canne bien pliée.

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Une photo de la sortie du premier barbeau avant la catastrophe. Chris approche à pas feutrés, épuisette en main !

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Un petit clin d’oeil, wahou ! (c’est le même que sur la photo précédente)